Je vis le dos tourné à l'avenir. On me reprocherais une fois encore cette incapacité à
aller de l'avant, cette faiblesse envers le passé, mon goût des souvenirs.Je sais bien, l'important, c'est de continuer à avancer. Mais vers quoi pourrais-je avancer? Je ne tiens pas à sombrer tout à fait.
Le jour où tu m'as demandé : "Tu m'aimes comment ?", et où je n'ai pas su trouver les bons mots. Alors tu m'as aidée. "Gros comme ça ?" Et tu as écarté les bras, le plus que tu as pu, tu as recherché le plus grand écart, comme un enfant. J'ai ri, et, cette fois où j'ai ri, j'ai été incroyablement heureuse. C'est devenu un
rituel par la suite. Je n'ai pas compté tous tes "tu m'aimes comment ?", ni tous mes "gros comme ça" (j'avais compris le truc). Je n'ai pas compté mes rires. Mais ce sont peut-être eux qui résument le mieux notre histoire. Dans le silence de la chambre, c'est encore l'écho des rires que j'entends et c'est lugubre en dépit des efforts gigantesques que je déploie pour les oublier.




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